• Temps de travail

    Le statut de pompier volontaire est-il menacé par une directive européenne sur le temps de travail ? Les responsables des services de secours du Territoire de Belfort et de Haute-Saône ne sont pas inquiets.
    Le discours prononcé le mercredi 3 août à Marseille par le colonel Richard Vignon a fait du bruit. Le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, une association qui représente les unions départementales et les amicales, a tiré la sonnette d’alarme contre une directive européenne « dangereuse ». Elle pourrait entraîner, selon lui, « la mort du volontariat » chez les pompiers. La directive en question, qui porte sur le temps de travail, date de 2003 mais sera révisée à l’automne. Le colonel Richard Vignon redoute qu’un repos obligatoire de onze heures entre deux séquences de travail ne s’applique désormais aux pompiers volontaires. « Certains » le voudraient, a-t-il glissé à Marseille. Si c’était le cas, les volontaires qui ont un emploi ne pourraient plus donner de leur temps dans les casernes.

    En Franche-Comté, cette mise en garde du colonel Vignon a surpris les deux responsables de services d’incendie et de secours que nous avons contactés. « Pour moi, il n’y a rien de nouveau sous le soleil, estime le lieutenant-colonel Stéphane Helleu, directeur adjoint du Sdis 90. Je suis vigilant, mais pas inquiet. » À Vesoul, même discours : « C’est beaucoup de bruit pour pas grand-chose », tranche le lieutenant-colonel Franck Bel, adjoint au directeur départemental du Sdis 70. « Si les volontaires disparaissaient en France, c’est toute la sécurité civile qui s’écroulerait, résume-t-il. Une telle décision serait impossible à appliquer. »

    Si les deux officiers se veulent rassurants, c’est qu’une loi promulguée le 20 juillet 2011 vient justement renforcer le statut de pompier volontaire. Cette loi stipule dans son article premier que « l’activité de sapeur-pompier volontaire n’est pas exercée à titre professionnel mais dans des conditions qui lui sont propres ». « Le pompier volontaire prend librement l’engagement de se mettre au service de la communauté », précise le texte.

    « Cette loi permet de pérenniser le système français du volontariat », commente le ministère de l’Intérieur. « La révision de la directive de 2003, on en entend parler depuis plus d’un an, commente le lieutenant-colonel Stéphane Helleu. Elle aurait pu concerner les pompiers volontaires car il y avait un vide juridique dans leur statut. Mais la loi du 20 juillet vient clarifier les choses et comble ce vide juridique. »

    Alors pourquoi le colonel Richard Vignon, qui a été associé à l’élaboration de la fameuse loi et qui s’est félicité de son adoption, se montre-t-il inquiet aujourd’hui ? « Il dispose peut-être d’informations qu’on n’a pas », imagine le lieutenant-colonel Stéphane Helleu. Autre piste : Richard Vignon prépare le congrès national des pompiers, qui se tiendra du 22 au 24 septembre à Nantes et auquel Nicolas Sarkozy pourrait participer. Le président de la République pourrait alors afficher son attachement au statut de volontaire, une position pas désagréable à adopter à moins d’un an de l’élection présidentielle.

    Le Territoire de Belfort compte 500 pompiers, dont 120 professionnels et 380 volontaires. Sur les dix centres de secours du département, huit sont composés exclusivement de volontaires.

    En Haute-Saône, la place des volontaires est encore plus importante. Le département compte 100 professionnels contre 1700 volontaires.

    Les indemnités des volontaires sont calculées sur la base d’un taux horaire qui s’applique lors des interventions, quelle que soit leur gravité. « C’est environ sept euros pour un caporal », indique le lieutenant-colonel Stéphane Helleu. Lors de leurs astreintes, les volontaires touchent 9 % de ce taux horaire. « Un sapeur qui fait 300 heures d’astreinte par mois, avec ses heures de manœuvres et dix interventions, touche à peu près 400 €», estime le chef de centre de Châtenois-les-Forges. « C’est intéressant pour un petit jeune, mais étant donné les contraintes, un adulte qui travaille ne devient pas volontaire pour l’argent », commente le lieutenant-colonel Stéphane Helleu.
    À Châtenois-les-Forges, 28 pompiers, tous volontaires

    Le lieutenant Bernard Muesser, chef de centre de Châtenois-les-Forges, montre son « bip ». Un pompier volontaire d’astreinte ne s’en sépare jamais. Photo Guillaume Minaux

     

    Châtenois-les-Forges, comme sept autres centres de secours du Territoire de Belfort, n’est composé que de pompiers volontaires. « Nous sommes 28 dont trois femmes », expose le lieutenant Bernard Muesser, chef de centre. Châtenois réalise environ 200 interventions par an, « à 80 % du secours à victime ». « C’est la force des pompiers français, estime-t-il. Il faut préserver ça. »

    Le centre de secours est alerté le premier en cas d’intervention dans la commune ou à Trévenans. Si besoin, il peut aussi être envoyé en renfort à Belfort. Pour assurer les tours de garde, trois équipes ont été constituées, qui sont d’astreinte une semaine à tour de rôle. Au sein de chaque équipe, les pompiers indiquent ensuite quand ils sont disponibles. « Je demande qu’il y ait toujours au moins les effectifs pour permettre à une ambulance de partir », résume le chef de centre.

    Cet objectif est le plus souvent atteint. « Mais dans l’année, il y a environ 30 jours où il reste des creux dans la journée, regrette le lieutenant Muesser. On n’a pas de problème la nuit ni le week-end, mais c’est plus difficile quand les gens travaillent. Dans ces cas-là, Belfort prend le relais. »

    Les volontaires de garde, s’ils habitent dans la commune, ne sont pas obligés d’être présents en caserne. Avec le « bip » en leur possession, ils sont alertés dès que le Centre 18 du département reçoit un appel les concernant. « À partir de ce moment-là, on a sept minutes pour faire partir un véhicule », explique le chef de centre.

    À 54 ans, ce dernier a toujours « le feu sacré » qui le pousse à s’investir. « J’ai fait 375 heures d’astreinte en juin, a-t-il calculé. En juillet, mon adjoint est monté à 496 heures. » Bernard Muesser doit concilier cet engagement avec sa vie professionnelle : « Je travaille dans la maintenance industrielle à Étupes, 35 heures par semaine, raconte-t-il. Tous les soirs, après le boulot, je passe une heure à la caserne pour l’administratif. » Le lieutenant a un atout : son épouse, pompier volontaire dans le même centre de secours que lui, comprend qu’il s’investisse autant.

    Sa récompense, c’est le sentiment « d’avoir bien fait ». « Rendre service aux autres, de jour comme de nuit, c’est valorisant, confie-t-il. En tant que chef de centre, je ne vais plus trop en intervention. Mais quand je vois partir un fourgon avec mes hommes pour sauver quelqu’un, c’est beau. »

    La départementalisation du corps des sapeurs-pompiers, en 1999, a aussi revalorisé le travail des volontaires. « Avant, nos indemnités allaient à l’amicale et on se débrouillait avec ça, se souvient le lieutenant. Maintenant, nous n’avons plus de soucis pour nous équiper, nous sommes mieux reconnus. La départementalisation nous a ouvert un éventail d’interventions plus large. »